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biographie

 

Je suis née en 1975 à Marseille. J’ai donc la quarantaine maintenant et si je dois me plier à l’exercice de la biographie, du parcours tout tracé réalisé avec une parfaite cohérence, autant me désavouer !

C’est dans mes erreurs, mes choix et mes non-choix, que je me suis construite et que j’ai développé un univers artistique aux formes et domaines d’expression variés. Si je dois alors décrire mon parcours, je parlerai d’une multitude de chemins, tantôt routes de campagne, tantôt sentiers mais rarement autoroute !


Un artiste, c’est un filtre du monde contemporain dans lequel il vit. Très jeune, je l’ai appris à mes dépens, puis j’ai compris comment maîtriser ce filtre en canalisant mes émotions et en me servant des outils acquis pour réaliser des formes artistiques interrogatives, plaisantes et “abrasives”.

J’ai eu la chance d’avoir une mère complètement dingue d’Histoire de l’Art et qui, durant ces études prolongées à l’École du Louvre, m’a traîné dans tous les musées et bâtiments historiques de France et de Navarre.

Quand j’y repense, je ne pouvais pas rêver meilleur apprentissage du regard : à 7 ans je savais différencier une église romane d’une église gothique et savais reconnaître l’auteur d’une peinture car j’avais machinalement relié les factures aux noms des peintres.

J’ai littéralement “foiré” ma scolarité et perdu trop de temps et d’énergie à essayer de rentrer dans un moule inconfortable, triste, et totalement inadapté. Je ne dis pas que l’école ne sert à rien. Je dis seulement que pour certains enfants, le système est inapproprié. Ce fut mon cas.

Dans ma quête d’identité, la séparation de mes parents ne m’a pas franchement aidé. Comment pouvais-je être le fruit de l’union de deux personnes qui se haïssent autant ? L’impression d’être à l’origine de cette haine, m’a longtemps fait éprouver un sentiment de culpabilité.


Aux Beaux-arts de Rueil-Malmaison (école publique préparatoire aux grande écoles d’art), j’ai testé assez de techniques pour comprendre que le volume, l’espace, et l’image seraient mes moyens d’expression.

L’École des Beaux-arts de Paris semblant être la suite logique, je me suis retrouvée à Amiens à l’École Supérieure d’Art et de Design où j’ai appris le graphisme et la PAO* : une maladresse, un quiproquo, un détour que je ne regrette pas.

C’est dans cette ville de province que j’ai calé mes fondamentaux : vivre seule et accompagnée, élaboration d’une méthodologie personnelle de travail, rencontres remarquables du monde artistique et musical. J’y ai déconstruit les bases inculquées par mes parents pour me reconstruire selon mes réelles aspirations ; ceci ne se faisant pas sans tâtonnements, éclats et controverses…


Riche de ces trois années et mon premier diplôme d’étude supérieure en poche, j’ai retenté d’entrer à l’École des Beaux-arts de Paris, mais cette fois, sans me tromper d’adresse. Par un concours de circonstance et une curiosité non feinte, j’ai intégré l’atelier d’Anne Rochette. Là, j’ai pu apprendre autant des étudiants inscrits dans l’atelier que d’Anne Rochette. Je me suis abreuvée des bases techniques comme j’ai pu, car refusant de devoir faire un choix géographique, je partageais ma vie entre Paris et Amiens. J’ai bénéficié de l’ancien cursus (sans échéance de diplôme jusqu’au Dnsap*), qui m’a permis de me tromper, de réaliser de mauvaises pièces, tout en continuant à m’interroger sur l’image en tant que média et la perception individuelle de celle-ci dans l’espace.

J’ai élaboré ma propre pratique artistique en flirtant toujours plus avec le “collectif”. Je me suis engagée dans des fonctionnements associatifs comme « Post, l’actualité de l’art contemporain » (ex-Journal des expositions), participé à « Gratias #2, pour une économie du don », collaboré à la réalisation d’un livre de “photo-typoésie”, voyagé dans de nombreux pays, et chanté pour des musiciens qui avaient besoin d’une voix. Ma conscience du monde s’est suffisamment élargie pour que je l’accepte tel qu’il est : difficilement palpable au présent et dans lequel une mise en ordre des choses finit par nous échapper.


À l’approche du diplôme, mon travail a pris une dimension thérapeutique, à cause des liens physiques et émotionnels que j’y inscrivais.

Mon diplôme n’a pas fait l’unanimité du jury, qui s’est même demandé si je n’étais pas un peu “mystique” sur les bords. Moi qui me considérais comme hyper-rationnelle, cette idée saugrenue m’a quand même fait réfléchir. Et plutôt que d’accepter ma remise de diplôme sans rien dire, j’ai bien écouté chaque membre du jury puis après avoir répondu à chaque point évoqué, je les ai remerciés de me permettre de dédicacer et offrir ce diplôme à mon ami Pascal Razanajatovo décédé quelques jours auparavant ; d’où la résonance peut-être un peu “mystique” de ce diplôme et la façon que j’avais eu de le présenter. Je me souviens de l’émotion qui m’avait envahie, du silence qui en a suivi, et de la mine du jury complètement abasourdi. Je suis ensuite sortie de la salle. Anne m’a félicité de ne pas m’être démonté, et comme son avis a toujours compté, je n’ai pas regretté ce qui aurait pu être pris pour de la désinvolture.

Voilà comment j’ai gagné en 2003, la bataille de mes études supérieures sans avoir obtenu un baccalauréat.


S’en est suivie une période très bizarre, durant laquelle je me suis sentie vidée, épuisée et un peu perdue.

Je me suis inscrite à la Maison des Artistes, et en tant qu’Artiste Auteur aux impôts pour essayer de rentabiliser mon activité artistique. J’ai été l’assistante de Stefan Shankland avec qui j’ai travaillé sur des projets étonnants comme Tout doit disparaître, Trans-pal ou encore la mise en place du sas d’entrée du Visiatome pour le CEA de Marcoule. Durant la même période, j’ai conçu le film de My home away from home, réalisé la com. du disque de mon ami Vadim, et co-signé l’identité graphique de l’association La Mais°n avec mon compagnon de l’époque.

La Maison d’art contemporain Chailloux à Fresnes m’a proposé d’animer un atelier en milieu scolaire. J’étais terrorisée à l’idée de travailler avec des enfants, mais étant donné la pression financière, j’ai accepté. Ce fut le début d’une magnifique histoire avec la transmission, la pédagogie, et le monde de l’enfance.

Aujourd’hui, j’ai rencontré mon mari, et comme une vie sans projet de taille ne serait pas drôle, nous avons acheté un champs de luzerne dans le sud-ouest de la France et bâtissons peu à peu notre maison en totale auto-construction. Encore une bien belle aventure!



* PAO : Publication Assistée par Ordinateur

* Dnsap : Diplôme national supérieur d’arts plastiques

* Bafa : Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur



Je profite de cette occasion pour remercier les personnes rencontrées au détour des sentiers, et qui m’ont, d’une manière ou d’une autre, accompagné à faire un bout de chemin.

Par ordre alphabétique :

Mathieu Allard, Tom Arthur, Clélia Bailly, Vincent Barré, Francis & Monique Bastard, Anahita Bathaïe, Adeline Calamand, Alexandra Carrasco, Alexandre Cheyroux, Pierre Clavier, Richard Deacon, Céline Delage, Chloé Dugit-Gros, Stéphanie Dupont, Béatrice Duport, Hubert Faure, Mathilde Ferrer, Antonio Gallego, Vincent Ganivet, François Gliner, Aurélie Godard, Handska, Maïa Jancovici, M.& Mme. Japakang, Ursula Kraft, Jean-Noël Lafargue, Raphael Mahdavi, Olivier Menival dit Azerti, Nicolas Michelin, Sébastien Morin, Aurélie Noël, Nathalie & Jean-Marc Ouvré, Marc Pataut, Sarafina Power, Caroline Pradal, Pascal Razanajatovo, Anne Rochette, David Rosenfeld, Claire Roudenko-Bertin, Nicole Roumiguières, Camille Saint-Jacques, Arnaud Saniez, Stefan Shankland, Alain Snyers, Mathilde & Pierre-Laurent Thève, Dominique Thouzery, Bernard Tran, Vadim Vernay, Françoise Véron-Goldstein, Nadia Yosmayan

© Audrey Bastard

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